- Gouvernance et démocratie
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État de réflexion (30/07/2026)
Sachant qu’une presse indépendante et forte est essentielle au bon fonctionnement de la démocratie, en tant que « quatrième pouvoir », sa fragilisation (notamment par le flot de faux sites d’information générés par IA) n’est pas une bonne nouvelle. Une étude scientifique comparant 72 pays a observé qu’un développement plus poussé de l’IA est associé à des niveaux de démocratie plus faibles. Les pays dotés de systèmes parlementaires bien établis, plutôt que de systèmes présidentiels, pourraient être mieux armés pour gérer et atténuer les effets négatifs de l’IA sur la démocratie.
Dans leur livre Pouvoir et progrès, le prix Nobel d’économie Daron Acemoğlu et son coauteur Simon Johnson suggèrent qu’un certain type d’automatisation du travail, boosté par l’IA, pourrait ôter tout pouvoir de négociation aux travailleurs et travailleuses. Ce qui inciterait les élites à ne plus accepter les processus démocratiques.
En Chine, notamment, l’intelligence artificielle accélère massivement le développement de la biométrie, pour le meilleur et aussi pour le pire.
Le risque d’une surveillance de masse, la perte de souveraineté sur les données, comme l’emprise démesurée des géants de la Tech, sont des préoccupations largement partagées. En Suisse, les milieux de la prévention des radicalisations s’inquiètent de l’effet délétère de contenus générés par IA, brouillant les frontières entre réalité et fiction, suscitant indignation, colère ou dégoût auprès d’un public jeune très connecté aux réseaux sociaux.
En été 2026, plus de 1200 architectes de l’IA ont signé une pétition exhortant Washington à soutenir un cadre international capable de freiner le développement de l’IA. Mais personne parmi les grands acteurs du secteur ne veut relâcher la pédale de l’accélérateur. L’IA pourrait être plus sûre si tout le monde ralentit ensemble, mais tout laboratoire ou pays qui ralentit seul risque une défaite commerciale, stratégique et technologique.
Quelques ressources
Widder, D. G., Whittaker, M, & West, S. M. (2023). Why 'open' AI systems are actually closed, and why this matters, Nature, volume 635, pages 827–833.
Journal of Information Technology & Politics (2025/3/6). Artificial intelligence and democracy: pathway to progress or decline ?
Le Courrier (2025/12/17). Radicalisé·es par l’IA.
- Médias, arts et diversité culturelle
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État de réflexion (30/07/2026)
À l’ère de l’IA générative, le doute est devenu la norme. Nous sommes entrés dans la post-réalité.
L’audience de la plupart des médias d’information a chuté depuis l’introduction de l’intelligence artificielle de Google (AI overviews, ou « Aperçus IA », qui s’affichent par défaut en tête de résultats de recherche). Cette fonctionnalité est désormais présente dans 200 pays et plus de 40 langues.
Le quotidien Le Monde, lui, a choisi de s’allier avec OpenAI. Pour 2026, les experts prévoient plusieurs tendances : le public s’informera de plus en plus par le biais de l’IA ; la demande en matière de vérification des informations va s’intensifier ; les rédactions vont renforcer leurs compétences et mettre en place des infrastructures d’IA ; la science des données et les algorithmes donneront davantage de moyens aux journalistes.
Les géants de l’intelligence artificielle gagnent la bataille sur les œuvres protégées par droit d’auteur, quitte à s’acquitter de forfaits compensatoires. La musique générée par IA envahit les plateformes de streaming. Sur Amazon, une part croissante des livres proposés à la jeunesse sont rédigés et illustrés par l’IA.
Un rapport de l’UNESCO s’alarme par ailleurs des stéréotypes sexistes et des biais présents dans les grands modèles de langage. L’hégémonie culturelle californienne, qui teinte les résultats des outils tels ChatGPT, est remise en cause, appelant le développement de nouveaux modèles entrainés sur nos propres valeurs démocratiques ; avec Apertus, les EPF ont créé un modèle avec des données de qualité. Il n’a pas vocation à concurrencer les services commerciaux, mais ouvre un laboratoire pour étudier les fonctionnements de ces modèles. Critiqué à ses débuts, ce modèle a bénéficié d’une mise à jour importante en juillet 2026. Le système est désormais capable d’analyser des images que l’on charge, ainsi que des contenus audio.
Lancé par l’entreprise privée Infomaniak, le chatbot Euria ne cherche pas non plus à rivaliser avec les modèles américains. L’objectif est de proposer une intelligence artificielle hébergée en Suisse, gouvernée selon le droit suisse, et conçue sans exploitation commerciale des données.
Quelques ressources
Méta-média (2025/20/12). Bienvenue en post-réalité.
Le Temps (2025/21/12). Emmanuel Abbé, de l’EPFL et Apple : « Évitons de nous victimiser et prenons les rênes d’une IA responsable qui augmente notre intelligence ».
Le Temps (2025/30/12). ChatGPT, Gemini, Lumo, Euria ou Claude : quel chatbot choisir pour quelle tâche ? Voici comment sélectionner votre assistant IA.
Reuters Institute (5/1/2026). How will AI reshape the news in 2026? Forecasts by 17 experts from around the world..
- Travail et emploi
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État de réflexion (30/07/2025)
L’intelligence artificielle permet d’envisager de nouvelles opportunités, mais suscite également des craintes parmi de nombreux corps de métier, interrogeant l’équilibre entre les emplois qui disparaitront et ceux qui seront créés, les secteurs qui seront les plus touchés et ceux qui seront préservés, ainsi que la manière dont les gains de productivité dégagés par le recours à l’IA pourraient un jour favoriser l’émergence d’un salaire minimum universel.
Les entreprises et organisations qui ont massivement adopté l’IA n’observent pas toujours les gains de productivité attendus. L’IA augmente le bruit organisationnel, une quantité d’informations que chacun (notamment au niveau des cadres) doit lire au quotidien.
L’arrivée de l’IA brouille les repères en matière d’orientation professionnelle. Quels sont les métiers d’avenir ? Nul n’est capable de le prédire avec certitude, sauf à citer des professions fortement ancrées dans le réel (comme les soins infirmiers). Aux États-Unis, de nombreux jeunes renoncent aux postes de cols blancs, pour se tourner vers des métiers manuels, comme ceux de la construction. S’il est difficile de désigner les professions intellectuelles qui offriront des garanties, les experts estiment toutefois que les emplois de demain profiteront à celles et ceux qui témoigneront de solides compétences sociales, d’un bon esprit critique et d’une vaste culture générale.
Un nouvel acronyme désigne l’anxiété des salariés et des étudiants menacés par l’IA : FOBO (Fear of Becoming Obsolete).
Quelques ressources
UNINE [2025]. L’intelligence artificielle, une amie qui nous veut du bien ?
Le Temps (2026/05/29). Avec l’IA, l’orientation professionnelle dans un monde de flou.
Le Monde (2026/07/17). La peur de devenir obsolète alors que déferle l’IA.
France Culture [2023]. L’intelligence artificielle, objet philosophique.
Le Temps [2024]. Dans l’industrie du jeu vidéo, l’IA bouscule les codes.
- Santé publique
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État de réflexion (30/07/2026)
Plus de 40 millions de personnes dans le monde se tournent chaque jour vers ChatGPT pour obtenir des informations sur la santé, selon un rapport d’OpenAI.
Lorsqu’il s’agit de questions de santé, les réponses fournies par un outil d’IA générative sont si plausibles qu’elles tendent à convaincre un large public qui n’a généralement que peu de connaissances dans le domaine médical. Ne pas recourir à des médecins, psychologues et psychiatres certifiés pourrait avoir des conséquences et questionne la limite éthique d’un recours à l’IA plutôt qu’à ces professionnels∙les. Le large recours à l’IA questionne l’impact sur le développement du cerveau humain, la recherche montrant l’importance de l’effort intellectuel. Une étude du MIT tend d’ailleurs à montrer comment le recours à ChatGPT et à des outils du même genre a un coût cognitif : observé sur une durée de 4 mois, un échantillon d’étudiant·es utilisant de tels outils obtient des résultats inférieurs à la moyenne sur les plans neuronal, linguistique et comportemental.
Par ailleurs, les résultats d’une étude d’Anthropic (concepteur de l’outil « Claude ») suggèrent qu’il pourrait être plus difficile que les scientifiques ne le pensaient auparavant, d’« aligner » les systèmes d’IA sur les valeurs humaines. Si les chatbots (robots conversationnels) sont plutôt bien notés pour des requêtes de santé simples, leur empathie est plus que sujette à caution pour les questions émotionnellement chargées. Aux États-Unis notamment, des suicides ont été commis sur la base d’instructions pratiques données par le ChatGPT4, rapporte le magazine de la RTS « Temps présent »
Sur un plan positif, au Canada, certains médecins se félicitent de pouvoir voir plus de patients grâce au temps gagné avec l’intelligence artificielle.
- Durabilité
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État de réflexion (30/07/2026)
La probabilité que le recours massif à l’IA fasse exploser les besoins mondiaux en électricité inquiète. La consommation d’électricité des centres de données devrait tripler d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 2023, pour atteindre environ 945 térawattheures (TWh). Cela représente près du triple de la consommation annuelle combinée du Pakistan, du Bangladesh et du Nigéria — des pays qui, ensemble, comptent plus de 650 millions d’habitants.
ChatGPT traite à lui seul environ 2,5 milliards de requêtes par jour, ce qui correspond à environ 383 GWh d’électricité par an. Une seule courte vidéo générée par IA peut consommer autant d’électricité que 200 000 classifications de spam.
Aux États-Unis comme en Suisse et France, la construction de nouveaux data centers fait face à une opposition croissante. Le rapport de l’Institut pour l’eau, l’environnement et la santé de l’ONU estime que l’intelligence artificielle devrait faire doubler la consommation d’énergie et d’eau des centres de données d’ici 2030, menaçant les ressources naturelles de milliards de personnes.
D’après le rapport, en 2025, les centres de données ont consommé 4 500 milliards de litres d’eau, soit suffisamment pour répondre aux besoins de plus de 600 millions de personnes en Afrique subsaharienne. À l’horizon 2030, ce chiffre pourrait grimper jusqu’à 9 milliards de m3 d’eau douce, soit l’équivalent des besoins annuels de 1,3 milliard de personnes dans la même région du monde.
Le lobby de la Tech, lui, fait pression pour que soient assouplies les dispositions relatives aux objectifs climatiques.
À l’inverse, certain·es fondent de grands espoirs sur le potentiel que représente l’IA pour nous aider à trouver des solutions aux crises environnementales.
Quelques ressources
Rapport de l’Institut pour l’eau, l’environnement et la santé de l’ONU (2026/06/04). L’IA menace les ressources en eau et en énergie.
Le temps (vidéo, 2026/07/21). Pourquoi, même en Suisse, des citoyens s’opposent à la construction de centres de données ?
Rapport de recherche (2024/03/28). Déclaration de Montréal et notion de responsabilité.
Deloitte (2025). Powering artificial intelligence. A study of AI’s footprint - today and tomorrow. Rapport.
The Conversation (2025/07/03). IA : bombe énergétique ou levier écologique ?
Site de l’Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’IA et du numérique